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Çet ouvrage décrit l’évolution au cours des temps de la Citadelle de Hue, capitale de la dynastie vietnamienne des Nguyen. Il passe en revue les temples et palais qu’ont abrités, et qu’abritent encore souvent, ses enceintes intérieures de la Cité impériale et de la Cité interdite. Voyage dans l’histoire et dans le temps, il permet au visiteur d’en mieux apprécier les richesses. Un bref rappel historique permettra au lecteur peu familier de l’histoire du Vietnam de mieux profiter de sa lecture. Au début du XVIe siècle, la dynastie des Lê est devenue faible et se montre incapable de contrôler les factions qui s’opposent à elle : en 1527 le chef de l’armée, Mac Dâng Dung, prend le pouvoir. En 1533, un mandarin légitimiste, Nguyên Kim, ancêtre des Nguyen, s’oppose aux Mac, fait proclamer roi un prince des Lê et marque le début d’une reconquête du pouvoir.

Son fils Nguyen Hoàng et son gendre Trinh Kiêm continuent avec succès la lutte contre les Mac qui abandonnent le Vietnam à la fin du XVIe siècle. Mais, loin de s’entendre, ils se partagent en fait le pays : les seigneurs Trinh contrôlent le Nord où ils reprennent Hà Nôi en 1592 tandis que les Nguyen pacifient le Sud et en chassent définitivement les Chàm. Le XVIIe siècle naissant voit donc un pays divisé : au Sud régnent les Nguyên qui tout en reconnaissant les rois Lê ont pris leurs distances et au Nord régnent les Tnnh qui tout en cohabitant avec les rois Lê détiennent en fait les rênes du pouvoir.

Ce statu quo durera plus d’un siècle, les tentatives répétées des Trinh de prendre le contrôle du Sud ayant toutes échoué. Au milieu du XVIIIe siècle, les Nguyên étaient maîtres du Sud jusqu’au delta, du Mékong, les rois du Cambodge et du Laos étaient leurs vassaux, ils entretenaient de relativement bonnes relations avec les missionnaires portugais et avaient établi leur capitale à Phü Xuân, l’actuelle Huê’. Les Trinh, de leur côté, avaient consolidé leur pouvoir dans la tradition confucéenne et, après avoir bien accueilli les missionnaires catholiques, avaient dû s’opposer à eux avec vigueur devant l’importance que prenait rapidement leur influence. En 1771, dans la province de Binh Binh, un soulèvement ayant à sa tête trois frères du village Tây Sôn s’insurge contre un roitelet trop tyrannique et leur insurrection se propage comme une traînée de poudre à travers le pays. Grâce à un soutien populaire massif, le plus brillant des trois frères, Nguyen Huê, écrase les Nguyên et les Trinh, leur reprend Huê’ et Hà Nôi, se proclame roi en 1788 sous le nom de Quang Trung et bat l’armée chinoise en 1789. Mais ce succès sera bref, Quang Trung n’ayant pas de successeur à sa hauteur.

Le prince héritier des Nguyên, Nguyên Ânh, retiré dans le delta du Mékong, réunit des troupes avec l’aide d’un missionnaire français et reprend rapidement le pays aux Tây Sôn : d’abord le Sud, puis Hué’ en 1801 et Hà Nôi en 1802. En 1804 il fixe sa capitale à Hué’ et en 1806, sous le nom de Gia Long, se proclame roi du Vietnam réunifié.

Le XIXe siècle s’ouvre donc sur une page dorée de l’histoire du pays. Les premiers Nguyen, Gia Long et Minh Mang, parviennent à panser les plaies des luttes récentes, entreprennent de nombreuses réformes administratives et institutionnelles et effectuent de grands travaux de modernisation du pays qu’ils font passer d’un régime féodal à une monarchie absolue. Mais la rigidité et la bureaucratie mandarinales pèsent sur le pays et les successeurs de Minh Mang, Thiêu Tri et TU DUc, quoique excellents administrateurs, souffrent de plus en plus d’une pression extérieure grandissante contre laquelle ils réagissent en fermant le pays à toute influence étrangère, réaction qui va leur être fatale : en 1858, l’Espagne et la France attaquent le Vietnam et s’emparent de Dà Nang. C’est le début d’un siècle de souffrances : à la mort de TU DUc, la France prend Huê” et le Vietnam perd rapidement son indépendance et sa souveraineté.

Les Nguyen se montrent impuissants à résister contre la colonisation française. De nombreux noyaux de résistance s’insurgent en divers endroits et à divers moments sans toutefois parvenir à leurs fins. Les Français de leur côté ne s’intéressent qu’au développement économique du pays, dont la société coloniale est bien sûr la première à tirer les bénéfices, sans prendre conscience des problèmes sociaux et politiques que suscite leur comportement. Après la défaite française de 1940, le Japon s’intéresse de plus en plus à l’Indochine, négocie avec Vichy des accords qui lui permettent d’y prendre pied et, le 9 mars 1945, prend le pouvoir aux Français. Le 11, Bâo Bai déclare le droit du Vietnam à l’indépendance et proclame nul le traité de protectorat de 1884. Tandis qu’il s’efforce de reprendre un peu de pouvoir, Ho Chi Minh profite du bombardement d’Hiroshima le 6 août 1945 et décide l’insurrection générale. Le 19 août il prend le pouvoir à Hà Nôi et en quelques jours le pays tout entier passe sous son contrôle. Bâo Bai abdique le 25 et est nommé “conseiller suprême” du gouvernement provisoire de libération nationale formé le 29. La cérémonie officielle d’abdication se tient à Hué le 30. Le 2 septembre, à Hà Nôi, Ho Chi Minh proclame la république et l’indépendance du Vietnam. Malgré un accord conclu entre Ho Chi Minh et Jean Sainteny le 6 mars 1946 qui reconnaissait l’indépendance du Vietnam, d’Argenlieu érige la Cochinchine en république autonome le 1er juin 1946 après le coup d’état de Sài Gôn du 23 septembre 1945 et les Français s’emploient à reprendre pied au Vietnam par tous les moyens, y compris par l’exploitation des incidents de Hâi Phông du 19 décembre 1946.

Ce retour en force des Français déclenche par endroits une campagne de terre brûlée qui, en février 1947, sera particulièrement fatale aux palais de la Citadelle de Hue-. Le Vietnam devra attendre huit ans la victoire de Bien Biên Phu pour être enfin libre – liberté qui lui sera vite reprise par les États-Unis. Après un exil volontaire en Chine et à Hong Kong, Bào Bai, que les Français se sont résolus à adopter comme homme de paille pour contrer Ho Chi Minh, laisse se constituer à Sài Gôn un gouvernement profrançais et rentre au pays en avril 1949. Il s’établit d’abord à Bà Lat et devient en août chef d’un nouvel “État du Vietnam” sous le contrôle effectif de la France – dont la seule ambition est d’y préserver ses intérêts – et, de plus en plus, des États-Unis. Il se retire en France peu après et, un mois après Bien Bien Phü, nomme- premier ministre Ngô Binh Biêm, chef des nationalistes de droite et protégé des États-Unis, qui abolit la monarchie en septembre 1945. Sa disparition de la scène publique marque la fin non seulement de la dynastie mais aussi d’un Vietnam traditionnel dont l’aristocratie avait préservé les privilèges pendant plus d’un millénaire.

Nous avons cherché à offrir au lecteur francophone un texte clair et concis, en nous libérant de termes traditionnellement utilisés par les auteurs anciens de l’époque coloniale plus épris d’exotisme que nous le sommes aujourd’hui. Nous avons néanmoins signalé par des notes en bas de page ces petites variantes.

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